Histoire de la ville :
   IV- L'évolution urbaine:

Centre des hautes terres, situé à la limite d’une zone sèche et remuante et à la confluence des apports méditerranéens et sahariens, la ville du Kef fut de tout temps comme une butte témoin de tous les courants culturels et civilisateurs qu’avait connu le pays.
Ici les dispositions particulières du site naturel, même, favorisent l’émergence de ce paradoxe fondateur, propre aux sommets, où le sacré et l’instinct grégaire de protection se conjuguent pour créer un haut-lieu de vie original et fécond.
Modeste bourg agricole fortifié à ses origines, la ville est constamment revêtue, au gré des modes, d’une peau toujours mutante mais enrichissante. Ville acropole sortie des entrailles du plateau calcaire de jbel ed-Dyr, el-Kef a dû certainement débuter, grâce à ses ressources particulièrement hydrauliques et agricoles, comme un important point d’eau associé à une divinité protectrice. Générant des rassemblements saisonniers et donnant lieu notamment à des échanges commerciaux, les lieux ont dû, assez tôt, servir de greniers fortifiés et de sanctuaire naturel collectif.
Cachant mal son ossature originelle, la ville suggère, plutôt, la présence d’un gros village shawi des Aurès ou celle d’un hameau kabyle, accroché à son piton rocheux. La ville est un lieu de transition entre plusieurs paysages urbains superposés, l’un est vernaculaire, les autres sont essentiellement méditerranéens et orientaux.
Romaine et rigide dans l’antiquité, orientale et souple du paléochrétien à l’arabo-musulman, la ville garde vivants tout aussi bien les héritages de la Cirta numide, de la Sicca Veneria romaine que ceux de la Shaqbeneriyya arabo-berbère. Son actuel site urbain, véritable synthèse, porte en lui les témoignages nombreux et divers de leur grandeur, de leur déclin et de leur résurgence.
Les structures archéologiques, héritées de toutes les époques, font sentir et pousser leurs formes dans la morphologie et le tissu dense de la médina actuelle. L’examen de la longue histoire urbaine de la ville permet d’y distinguer six stades d’évolution différents au moins:

  * Noyau "kratophonique " originel établi, dés les époques néolithiques et protohistoriques, sur les bords des derniers promontoires rocheux du Dyr, il se distingue à la fois par les peintures pariétales et par la concentration postérieure des dolmens.

  * Noyau des sanctuaires numido-puniques répartis entre Kef el Yhoudi et borj l-Guelal où l’on relève les traces des sanctuaires d’Ashtart, de Baâl-Hamon, de Melqart, les citernes et des tombes puniques taillées dans le rocher.

  * Premier palier de la ville numide situé en haut de la ville qui évoluera vers le second palier inférieur à partir de l’époque romaine jusqu’au IVe s. englobant pratiquement l’actuelle médina et ses abords immédiats marqués par la présence d’une ceinture de nécropoles. Cet espace est évalué à plus de 80 hectares.

  * Noyau du reflux marqué par des remparts intérieurs dont la ligne maîtresse est révélée par l’actuelle rue de F.Hached, c’est probablement le noyau de l’urbanisme tardif classique et celui du haut moyen âge arabo-berbère. Sa superficie pourrait être estimée à 20 hectares. La ville semble ramassée surtout autour du rocher d’el-Qasba.

  *Des petits faubourgs semblent s’agglutiner autour de ce dernier noyau à la fin de la période hafside autour de la Rabta et de la mosquée de Sidi Bin Harzallah.

  * La médina actuelle était ceinte et marquée en 1740 par les remparts agrandis du côté de la Mussala (nord-est de la ville) à deux reprises, le quartier ouest d’el-Hawarith fut ajouté au reste de la médina au début du XIXe. C’est dans cet état que la médina fut révélée dés le premier tiers du XIXe. Elle comptait trois grands quartiers et trois portes principales et trois portes secondaires. Ce n’est qu’en 1901 que toute la partie sud y compris ses portes fut démolie pour aménager l’actuel boulevard périphérique principal.

L'évolution urbaine en chiffres:

Date
Population
Superficie
Logements
Avant 1867
8.000
 
 
1867
3.000
 
 
1881
3.500
45 hectares
 
1911
5.112
50 hectares
 
1923
7.000
 
 
1936
8.855
 
 
1946
11.246
 
 
1956
14.743
 
 
1966
23.000
 
 
1975
27.939
235 hectares
 
1984
34.159
 
 
1994
42.449
1.200 hectares
9.540
2004
41.580
1.200 hectares
11.500
2006
41.580
1.200 hectares
11.500

Source: Institut National des Statistiques (INS).